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LA MORT D'UN FILS

Ce récit touche au cœur. Il narre la vie brute, pleine et sensible d’un être perdu. Il raconte la tragédie familiale née autour du mystère d’un fils, entre révolte et résilience. On le lit comme un road-movie avec des séquences réussies de flash-back. Heureux, presque ou si peu, aux Editions Taos, de Corinne Desthieux.

PUBLIÉ DANS ACTUALITTÉ

Antoine a des frères et sœurs, il est un des corps et des esprits d’une fratrie soudée. Un soir de novembre 2020, Antoine est tué. Il roulait trop vite, à contre-sens.

Antoine échappe aux siens, il se réfugie dans les drogues, goûte à tous les plaisirs, flambe sa vie par les deux bouts. C’est cette perte atroce que raconte l’autrice, sa mère, courageuse et résiliente. Mais se remet-on d’une telle tragédie ? A-t-on les réponses pour résister au deuil ? Le fait-on ? La réponse est non. Et certainement pas.

Corinne Desthieux se saisit de tous les éléments en sa possession, de toutes les informations dont ses autres enfants et elle disposent pour comprendre, heure par heure, jour après jour, quels signes éventuels furent donnés qu’elle et les siens n’auraient pas vus, qui auraient pu justifier ce qui ressemble à un suicide…

Mais l’autrice ne sait pas. Plongée dans l’obscurité et tenaillée par les questions et le doute, elle respecte les choix du défunt, ne porte pas de jugement de valeur. Elle comprend l’ambivalence d’Antoine, bien sûr.

Ce kaléidoscope narratif bien maîtrisé permet de suivre les dernières années du feuilleton familial ; l’autrice consent simplement à admettre qu’Antoine avait toujours plus besoin d’alcool et de drogue, que sa sexualité était débridée, qu’il était plein de blessures inavouées, de souffrances tues en lui. Mais l’indicible demeure.

En abordant avec pudeur et dignité la vie clandestine et crépusculaire d’un être cher disparu, Corinne Desthieux donne à ce récit extrêmement touchant et bien écrit une grâce infinie. Comment résister à une telle effraction dans l’existence ? Comment survivre après la mort d’un enfant ? L’écriture sert à épancher la douleur, mais ne suffit pas. Le manque, l’absence, le vide, la perte, le néant : voilà ce à quoi ce récit, qui transperce tout parent, tente de répondre avec succès et force.

Éditions Taos 3 juillet 2026 à 17:41
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