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LES RENDEZ-VOUS MANQUES
ALI BECHEUR
Isbn: 9791096559183
Date de publication: 15 octobre 2026
Dimensions: 14 x 21 cm
Poids: 480. Gr
Langue: Français
Nombre de page: 382
Catégorie: Fiction
Trois destins liés par les lois de l'Histoire. Amal risque d'être broyée par la dictature. Quant à Jélal et Flora, sous l'emprise de la passion amoureuse, ils sont confrontés à deux mondes incompatibles. Liberté confisquée, racines arrachées, rendez-vous manqués... Sur eux résonne la voix du narrateur : «Ni victimes, ni bourreaux. Ou alors, coupables tous les deux, ou tous les deux innocents. Mais ensemble. Ensemble perdus, ou sauvés ensemble. Fuyant le temps des carnages, nous nous précipitions dans les contrées torrides du plaisir, pour y tailler un domaine hors d’atteinte. Loin du royaume sidéré de l'effroi.»
Ali Bécheur, disparu en 2024, avait exercé la profession d'avocat et d'enseignant, diplômé en Sciences criminelles, mais aussi d'auteur de romans et de nouvelles où se mêlent révoltes et sensualité. Il est l'une des figures majeures de la littérature tunisienne francophone. Il a été finaliste du Prix des cinq Continents de la francophonie en France et récompensé plusieurs fois en Tunisie par le Comar d'Or.
Un jour, ils débarquèrent dans la vieille maison du quartier Bab Jedid. Ils étaient trois, dont un inspecteur, le même qui, plus tard, mènera l’interrogatoire. Sous le front bosselé entre la broussaille des sourcils, de part et d'autre d'un nez camus,deux plaques glauques s'enfonçaient dans l'orbite. Une cicatrice barrait d'un trait blême l'olivâtre d'une joue mafflue. Elle ne les oubliera pas de sitôt ces yeux-là. Ni ses mains, larges, dures — de vrais battoirs — qui lui broyaient le bras, quand ilsl'emmenèrent.
La mère ne comprenait rien à cette inquisition.
— Amal ? finit-elle par répondre, d’abord interloquée par l'intrusion de ces hommes qui recherchaient sa fille.Mais elle est à la faculté !
— C'est ce qu'on va voir, éructa le mastodonte qui semblait être le chef. D'un signe de tête, il ordonna à sesacolytes de passer la maison au peigne fin. Ils fouillèrent dans les chambres, bousculant les meubles, soulevant les tapis élimés, regardant sous les lits, défaisant la literie. Il y en aurait même un pour décrocher la photo du père— mortl'année dernière — et la jeter au sol où le sous-verre vola en éclats. L'épreuve gisait par terre, balafrée par un éclat deverre. C'est à peine si la mère respirait, terrorisée. A la première velléité de protestation, le malabar tonna «Toi la vieille, ferme-la, sinon...»
Ils mirent la maison sens dessus dessous. Rien dans la chambre d'Ahmed, qu’ils jonchèrent de ses effets. Ils finirentpar découvrir une pile de tracts insérés entre sommier et matelas. «C'est le lit de ta fille?» aboya le mulâtre. La mère hocha la tête, sans un mot. Ils partirent enfin, non sans grommeler toutes sortes de menaces, pour le cas où elle aurait menti, et qu’Amal n'était pas à la faculté.
Elle y était. Ils l'arrêtèrent au beau milieu du cours d'histoire. Je le sais bien, c'est moi qui l’assurais, ce cours-là.